Du trac au Flow : libérer le mouvement de l’artiste, de l’athlète et du leader
- Mickael Nowack

- il y a 4 jours
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Le jour où mon corps est monté sur scène avant moi
Je me souviens de ce jour où j’ai dû monter sur scène pour la première fois.
Je n’ai pas besoin de retourner très loin dans les archives de ma mémoire. C’était cette année. Un petit spectacle amateur. Le public était principalement composé des amis et des familles des circassiens aérialistes de La Caserne du CCSE de Maisonneuve, à Montréal.
Plus d'une centaine de personnes, tout de même.
Je ne réalisais pas vraiment.
Ça allait.
Enfin… je croyais que ça allait.
Mon groupe et moi avions appris seulement deux semaines auparavant que nous allions monter sur scène. Ou plutôt grimper dans les tissus.

Lorsque le groupe précédant notre entrée a commencé sa performance, quelque chose a changé instantanément dans mon état de conscience.
Je ne les voyais déjà plus vraiment.
J’entendais mon cœur accélérer sa cadence.
Ma gorge s’était serrée, puis asséchée, jusqu’à cette sensation déplaisante où ma langue restait collée au palais. Toute ma salive avait disparu en quelques instants sous l’effet de l’adrénaline.
Ma tête s’est mise à tourner.
Vêtu d’un costume noir pour notre thème « défilé de mode », j’ai entendu notre musique résonner au milieu d’un acouphène naissant :
« Smalltown Boy ».
Run… runaway, disaient les paroles, en boucle.
Je ne suis pas parti en courant.
Notre performance s’est déroulée.
Le public a salué notre présence et notre courage pour des débutants.
Mais intérieurement, je me sentais dissocié.
Mon corps semblait mener la danse de manière autonome. J’ai salué comme au milieu d’un rêve confus. Presque stupéfait.
Aujourd’hui encore, je pense que j’ai été aidé par ce personnage distant et presque inaccessible que j’incarnais, caché derrière mes grandes lunettes de soleil.
Ce jour-là, j’ai découvert une chose essentielle :
Il est possible que le corps connaisse le chemin, alors que l’esprit n’est pas dans sa pleine présence.
« Dans mon parcours de massothérapeute et de praticien du mouvement, j’ai appris que le corps n’est pas seulement le lieu où les tensions apparaissent. Il est aussi le lieu où se manifestent nos stratégies d’adaptation, nos apprentissages et notre capacité à retrouver de la liberté. »
Le véritable enjeu n’est peut-être pas de vaincre le trac, mais de restaurer le mouvement naturel entre ce que nous ressentons, ce que nous pensons et ce que nous exprimons.
Le trac : lorsque le système nerveux interrompt le mouvement
Cette expérience vécue dans les tissus aériens n’est pas exceptionnelle.
Elle appartient à une famille d’expériences que connaissent de nombreux artistes, sportifs et orateurs influents.

Un musicien avant son premier solo.
Une danseuse avant son entrée sur scène.
Un athlète avant une compétition décisive.
Un dirigeant avant une prise de parole stratégique.
Les contextes changent, mais l’enjeu fondamental reste similaire : être vu, être évalué, devoir mobiliser pleinement ses ressources dans un moment important.
Ce n'est pas votre courage qui vous abandonne.
C'est votre système nerveux qui, pendant quelques instants, croit devoir vous protéger d'une situation menaçante.
Une seconde auparavant, vous étiez encore en train de discuter.
Puis quelqu'un prononce votre nom.
Votre respiration change.
Vos épaules montent.
Votre bouche devient sèche.
Sans vous demander votre avis, votre corps s'est déjà préparé à survivre.
Cette activation peut devenir une alliée.
Elle augmente votre vigilance, votre énergie et votre capacité de réaction rapide.
Mais lorsqu’elle dépasse un certain seuil, elle peut perturber ce que vous cherchiez justement à exprimer : la précision, la créativité et la fluidité.
C’est ce que décrit la relation entre activation et performance étudiée par Yerkes et Dodson. [1]
Chez l’artiste ou l’athlète, cela peut se traduire par :
une respiration moins libre ;
une augmentation des tensions musculaires ;
une attention qui se réduit ;
une volonté de contrôler consciemment des gestes pourtant déjà maîtrisés.
Le paradoxe apparaît alors :
Plus la main serre le geste, plus celui-ci perd sa grâce, court-circuitant notre excellence.
Dans mon cas, mon corps a pu réaliser la chorégraphie grâce à la mémoire musculaire construite pendant des entraînements très rapprochés.
Mais performer en mode survie, coupé de ses sensations, n’est pas encore habiter pleinement son geste ni son intention.
Quand la compétence devient inaccessible
Une idée importante en préparation mentale est souvent mal comprise.
Vous ne devenez pas moins compétent en entrant sur scène.
Vous perdez simplement l'accès à ce que vous savez déjà faire.
L’artiste connaît sa partition.
L’athlète connaît son mouvement.
L’expert connaît son sujet sur le bout des doigts.

« Quand l’enjeu augmente, l’accès à cette habileté devient plus erratique. Comme si quelque chose venait interrompre la circulation naturelle entre l’intention et l’action. »
Une voix se bloque.
Une pensée tourne en boucle.
Un geste devient hésitant.
Une créativité qui semblait abondante disparaît soudainement.
C’est une fracture temporaire du dialogue entre le corps, l’esprit et l’action.
Le corps : la première porte vers la présence
Nous avons souvent tendance à considérer la performance comme une affaire exclusivement mentale.
Stratégie.
Motivation.
Concentration.
Discipline.
Etat d’esprit - Mindset.
Pourtant, bien avant que la pensée formule une inquiétude, le corps, lui, a déjà choisi une direction.
Il raccourcit le souffle.
Il prépare les muscles.
Il cherche les sorties.
C’est pourquoi une approche uniquement intellectuelle atteint toujours une limite.
On peut savoir que l’on est raisonnablement en sécurité, tout en ressentant une contraction persistante dans la gorge, une tension dans les épaules ou une difficulté à laisser sa voix se déployer.

Le corps n’est pas un simple véhicule que l’esprit commande.
Il est un partenaire dans notre manière d’habiter le monde.
C’est également pourquoi les approches corporelles peuvent compléter le travail hypnotique. En restaurant davantage de sécurité, elles offrent au système nerveux un terrain plus favorable à l’expression, à l’apprentissage et à la transformation.
L’hypnose : rétablir le dialogue entre le corps et l’esprit
C’est précisément dans cet espace que l’hypnose peut devenir un outil précieux.
Contrairement aux représentations populaires, l’hypnose n’est pas le sommeil ni une perte de contrôle. Elle correspond à un état d’attention focalisée et de réceptivité accrue étudié par les neurosciences cognitives. [5]
Elle permet de travailler avec les automatismes, les perceptions, l’imagerie mentale et les réponses émotionnelles.
L’objectif n’est pas de supprimer le trac.
Car le trac contient une énergie. Il ne fait que jouer son rôle protecteur.
Il ne s'agit pas d'éteindre cette énergie.
Mais de cesser de lutter contre elle.
Jusqu'au moment où ce qui vous poussait à fuir devient exactement ce qui vous permet d'avancer.
De nombreuses stratégies hypnotiques peuvent être explorés, parmi lesquels :
Réassocier l’intensité à la sécurité
En hypnose, il est possible de visiter mentalement une situation future, monter sur scène, prendre la parole, entrer en compétition, tout en maintenant un état interne plus stable. Parfois, on peut même se voir la vivre de l’extérieur, c’est la technique du cinéma.
Progressivement, le cerveau apprend qu’une situation intense n’est pas nécessairement une situation dangereuse.
Réactiver la confiance corporelle
Un artiste ou un sportif possède souvent déjà les ressources nécessaires.
L’enjeu n’est pas d’ajouter quelque chose.
C’est de retrouver l’accès à son véritable niveau de manière fiable. Le même qu’il a à l’entraînement.
L’imagerie mentale et le travail hypnotique peuvent contribuer à renforcer ce sentiment vécu de maîtrise.
Développer des points d’ancrage
Une respiration, un mantra personnel, un geste « signal » ou une circonstance définie peuvent devenir des déclencheurs permettant de retrouver plus rapidement un état interne adapté lorsque la pression augmente.
Du contrôle au Flow : lorsque le mouvement devient naturel
Le travail hypnotique ne consiste pas à fabriquer artificiellement un état de Flow.
Le Flow n’est pas un état que l’on commande comme un interrupteur.
Il émerge lorsque certaines conditions sont réunies : un engagement profond dans l’action, un équilibre entre défi et compétence, une attention pleinement mobilisée et une relation plus souple avec les pensées qui parasitent habituellement notre présence.
L’hypnose peut cependant contribuer à créer certaines de ces conditions en travaillant sur l’attention, l’imagerie mentale, la régulation émotionnelle et la relation au dialogue intérieur.
Elle ne crée pas le mouvement. Elle aide à retirer certains obstacles qui empêchent le mouvement naturel d’apparaître.
C’est précisément ce que Mihaly Csikszentmihalyi a décrit sous le nom de Flow, comme un état dans lequel une personne est tellement engagée dans son activité que « rien d’autre ne semble avoir d’importance ». [2]
Le Flow apparaît lorsque le défi rencontre les compétences, lorsque l’attention est pleinement mobilisée et que l’action devient presque naturelle. [3]
.
Le musicien ne pense plus à chaque note.
Le danseur ne calcule plus chaque déplacement.
L’athlète ne négocie plus avec son doute.
Le dirigeant ne récite plus son discours.
Ils sont présents.
Les recherches en neurosciences ont proposé que le Flow puisse être associé à une diminution temporaire de certains processus cognitifs liés à l’auto-évaluation excessive, permettant une expression plus intuitive des compétences acquises. [4]
La performance n’est alors pas quelque chose que l’on poursuit directement.
Elle apparaît souvent comme une conséquence inévitable lorsque cesse la lutte entre le corps, l’esprit et l’action.
La scène change. Le défi reste humain.
Que votre scène soit un chapiteau, un dojo, une salle de conférence, une salle d’opération ou la table d’un comité de direction, le défi demeure profondément humain.
Retrouver un état où le corps, la pensée et l’action avancent ensemble.
Remettre en mouvement ce qui s’était figé :
Une respiration.
Une voix.
Une pensée.
Un geste.
Une décision.
« Le courage n’est peut-être pas l’absence de trac. C’est la capacité d’habiter pleinement son corps au moment même où votre esprit voudrait s’en échapper. »
Car la véritable performance n’est peut-être pas de faire davantage. Ou de faire mieux.
Elle est d’être pleinement présent.
Certains nomment cela le génie.
J’aime à penser que le génie ressemble moins à un don tombé du ciel qu’à un grand tour de magie : le moment où ce qui était déjà présent en soi devient enfin visible.
Cette connexion à soi, à son corps et à ses ressources intérieures peut se cultiver.
Elle peut se travailler. Elle peut s’apprendre.
Si vous voulez le faire à mes côté, je vous invite vers ma page de service en hypnose en ligne.
Proche du métro Jean Talon à Montréal, vous pouvez aussi me rencontrer pour une régulation du stress par l'approche corporelle du massage.
Mickaël Nowack
Massothérapeute et Hypnothérapeute : praticien du corps et du mouvement spécialisé dans l'expression de la présence incarnée
Références scientifiques
[1] Yerkes, R. M., & Dodson, J. D. (1908). The relation of strength of stimulus to rapidity of habit-formation.→ Référence fondatrice sur la relation entre niveau d’activation physiologique et performance.
[2] Csikszentmihalyi, M. (1990). Flow: The Psychology of Optimal Experience. Harper & Row.→ Ouvrage fondateur introduisant le concept de Flow comme état d’immersion totale dans une activité.
[3] Nakamura, J., & Csikszentmihalyi, M. (2014). The Concept of Flow. In Flow and the Foundations of Positive Psychology. Springer.→ Synthèse moderne décrivant les caractéristiques psychologiques du Flow et son lien avec l’expérience optimale.
[4] Dietrich, A. (2004). Neurocognitive mechanisms underlying the experience of flow. Consciousness and Cognition, 13(4), 746–761.→ Proposition d’un modèle neuroscientifique du Flow et du rôle de la diminution temporaire du contrôle analytique.
[5] Oakley, D. A., & Halligan, P. W. (2013). Hypnotic suggestion: Opportunities for cognitive neuroscience. Nature Reviews Neuroscience, 14, 565–576.→ Revue scientifique présentant l’hypnose comme un phénomène cognitif et neuropsychologique étudiable.



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